Un salarié en congé se demande souvent s’il peut arrondir ses fins de mois en acceptant une mission d’intérim pendant ses vacances. La question revient fréquemment chez les personnes en CDI ou en CDD qui voient dans l’intérim un complément de revenu facile. Le Code du travail encadre pourtant cette pratique de manière stricte, et il vaut mieux connaître les règles avant de signer quoi que ce soit avec une agence.
Que dit le Code du travail sur le travail en intérim pendant les congés payés ?
La réponse est claire : en principe, non, un salarié ne peut pas travailler en intérim pendant ses congés payés. L’article D3141-2 du Code du travail interdit d’exercer une activité rémunérée pour le compte d’un autre employeur pendant la période de congé. Cette règle s’applique à tous les salariés du privé, qu’ils soient en CDI ou en CDD, et vise directement ceux qui seraient tentés d’accepter une mission d’intérim le temps de leurs vacances.
Le raisonnement derrière cette interdiction tient au droit au repos. Les congés payés existent pour permettre au salarié de récupérer physiquement et mentalement, pas pour lui offrir une parenthèse de travail supplémentaire ailleurs. Accepter une mission d’intérim pendant cette période détourne l’objet même du congé, et la loi ne laisse pas de flou sur ce point.
Concrètement, cela signifie qu’un salarié qui pose une semaine de congés chez son employeur habituel ne peut pas, dans le même temps, signer un contrat de mission avec une agence comme Adecco ou Randstad pour combler ses journées libres. Même une mission courte, même bien payée, tombe sous le coup de cette interdiction.
Les exceptions qui permettent de travailler légalement durant ses congés
Cette règle générale connaît toutefois quelques aménagements prévus par la loi ou construits par la jurisprudence. Ils restent limités, mais ils existent et méritent d’être connus avant de conclure trop vite qu’aucune option n’est envisageable.
Le contrat vendanges : l’exception explicite
Le contrat vendanges constitue la seule dérogation clairement inscrite dans la loi. Un salarié peut poser des congés payés pour aller effectuer les vendanges chez un viticulteur, dans la limite d’un mois par an. Cette exception, très circonscrite, ne s’étend pas à d’autres secteurs agricoles ni à des missions d’intérim classiques.
Le cumul d’emplois préexistant et le statut d’auto-entrepreneur
Si un salarié exerce déjà, avant ses congés, une activité secondaire déclarée (un second CDD, une activité d’auto-entrepreneur ou un cumul d’emplois régulier), il peut continuer cette activité pendant sa période de congés, à condition de respecter les durées maximales de travail et l’obligation de loyauté envers son employeur principal. Ce cumul d’emplois doit toutefois exister en dehors du congé, et non être créé spécifiquement pour la période de vacances.
Le statut d’auto-entrepreneur offre ici une certaine souplesse, car il permet de facturer des prestations sans passer par un contrat de travail classique. Mais attention, si l’activité ressemble en réalité à du salariat déguisé, l’administration ou un juge peut requalifier la situation.
Le congé sans solde
Une autre option consiste à demander un congé sans solde plutôt que de poser des congés payés. Dans ce cas, la période n’est plus juridiquement qualifiée de congé payé, et l’interdiction de l’article D3141-2 ne s’applique plus. Le salarié doit néanmoins obtenir l’accord de l’employeur, ce congé sans solde n’étant pas un droit automatique.
Ce que dit le texte, mot pour mot
L’article D3141-2 interdit à un salarié d’exécuter un travail rémunéré pendant ses congés payés, sauf activités agricoles bien définies comme le contrat vendanges. Le principe protège le droit au repos, mais laisse une marge pour les situations de cumul d’emplois déjà en place.
Les sanctions encourues en cas de travail illégal pendant les congés

Enfreindre cette règle expose le salarié à des risques réels. Sur le plan pénal, une amende de 1 500 euros peut être appliquée, et ce montant peut doubler en cas de récidive. Ces sanctions pénales visent à dissuader le cumul irrégulier d’un emploi salarié classique avec une mission d’intérim non déclarée pendant les congés.
Côté sanctions civiles, l’employeur qui découvre la situation peut engager une procédure disciplinaire pouvant aller jusqu’au licenciement pour faute grave, en particulier si le salarié a menti sur ses activités ou si cela nuit à l’entreprise. L’agence d’intérim elle-même peut voir sa responsabilité engagée si elle avait connaissance de la situation irrégulière du candidat au moment de la signature du contrat de mission.
Il existe aussi un risque financier indirect : un salarié qui perçoit un salaire pendant ses congés payés tout en travaillant ailleurs peut se voir réclamer le remboursement des sommes perçues à double titre, l’administration considérant qu’il n’était pas réellement en congé.
Cas particulier : les droits des intérimaires pendant leurs congés (ICCP)
La situation est différente pour les intérimaires eux-mêmes, dont le statut ne fonctionne pas comme celui d’un salarié classique. Un intérimaire ne bénéficie pas de congés payés au sens traditionnel, puisqu’il enchaîne des missions souvent courtes via une agence d’intérim. À la place, il perçoit une indemnité compensatrice de congés payés, l’ICCP, calculée à hauteur de 10 % de la rémunération brute totale de la mission.
Cette indemnité s’ajoute à l’indemnité de fin de mission, également fixée à 10 % du salaire brut, versée pour compenser la précarité du contrat. Concrètement, un intérimaire touche donc à la fin de chaque mission une compensation qui intègre déjà, de façon anticipée, ses droits à congés. Il peut ensuite enchaîner une nouvelle mission d’intérim sans que cela pose de problème juridique, puisqu’il n’est pas techniquement en période de congé payé au sens du Code du travail applicable aux salariés en CDI ou CDD.
Cette mécanique explique pourquoi la question du cumul se pose différemment selon qu’on est intérimaire ou salarié classique. L’intérimaire qui termine une mission et en accepte une autre ne viole aucune règle, tandis qu’un salarié en CDI qui accepterait une mission d’intérim pendant ses congés payés sortirait, lui, du cadre légal.
| Statut | Situation | Légalité |
|---|---|---|
| Salarié CDI/CDD en congés payés | Accepte une mission d’intérim | Interdit (sauf contrat vendanges) |
| Salarié avec cumul d’emplois préexistant | Poursuit son activité secondaire | Autorisé sous conditions |
| Salarié en congé sans solde | Travaille en intérim | Autorisé |
| Intérimaire entre deux missions | Enchaîne une nouvelle mission | Autorisé |
Solutions pratiques pour augmenter ses revenus sans enfreindre la loi
Plusieurs pistes existent pour compléter un revenu sans risquer une sanction. La première consiste à négocier avec son employeur un congé sans solde plutôt que de poser des congés payés classiques, ce qui libère juridiquement la période et permet d’accepter une mission d’intérim ou tout autre travail rémunéré.
Le statut d’auto-entrepreneur, monté en amont et déclaré correctement, offre aussi une marge de manœuvre pour développer une activité complémentaire tout au long de l’année, y compris hors période de congés. Enfin, certains salariés se tournent vers le travail bénévole associatif pendant leurs vacances, une activité qui n’entre pas dans le champ de l’interdiction puisqu’elle n’est pas rémunérée. Dans tous les cas, obtenir l’accord de l’employeur avant toute démarche reste le réflexe le plus sûr pour éviter un litige ultérieur.

