Dans un tissu économique local, l’image et la notoriété d’une entreprise se construisent sur des décennies. Pour les entrepreneurs implantés en territoire, la marque représente bien plus qu’un nom ou un logo : c’est un capital immatériel qui peut peser jusqu’à 30 % de la valeur totale de l’entreprise.
Pourtant, ce patrimoine reste souvent invisible au bilan, sous-exploité fiscalement et mal valorisé lors d’une transmission. Comprendre comment évaluer et activer cet actif est devenu un enjeu stratégique pour les dirigeants de PME et ETI françaises, qu’ils soient artisans, commerçants ou industriels.
Pourquoi la marque est devenue un actif stratégique
Plusieurs évolutions économiques convergent pour faire de la marque un sujet central. D’abord, l’essor du commerce numérique a multiplié les points de contact entre une entreprise et ses clients : site internet, réseaux sociaux, plateformes d’avis. Chacun contribue à construire une notoriété mesurable.
Ensuite, les normes comptables internationales (IFRS, IAS 38) reconnaissent désormais explicitement les actifs incorporels comme des éléments de bilan susceptibles de figurer à l’actif. Une marque évaluée et inscrite gagne en visibilité auprès des banques et des investisseurs.
Enfin, la fiscalité française offre des dispositifs incitatifs pour qui sait valoriser sa marque. La redevance de marque, encadrée par les articles 39-1 et 50-0 du Code général des impôts, permet à un dirigeant titulaire d’une marque déposée de percevoir un revenu déductible du résultat de son entreprise, imposé en BIC non professionnel sous régime micro-BIC avec abattement forfaitaire de 50 % (plafond 83 600 € pour 2026 à 2028).
Pour un entrepreneur local générant 1 million d’euros de chiffre d’affaires, ce mécanisme peut produire entre 15 000 et 40 000 euros de gain net par an, à condition que la redevance soit forfaitaire et adossée à une valorisation indépendante.
Les trois méthodes de valorisation reconnues
La norme internationale ISO 10668, publiée en 2010, fait référence pour la valorisation de marque. Elle combine trois approches que les évaluateurs croisent pour aboutir à une estimation robuste.
L’approche par les revenus est la plus utilisée. Elle repose sur le principe du relief from royalty : on estime quel taux de redevance l’entreprise paierait si elle devait licencier la marque auprès d’un tiers. Ces flux futurs sont actualisés au coût du capital pour donner la valeur économique présente de la marque.
L’approche par les coûts reconstitue les investissements historiques engagés pour construire la marque : dépôts INPI, campagnes de communication, opérations de notoriété, refonte d’identité visuelle. Cette méthode donne un plancher de valorisation, particulièrement utile pour les marques jeunes ou en construction.
L’approche par le marché compare la marque à des transactions réelles observées sur des actifs similaires : cessions, licences accordées à des tiers, introductions en bourse. Elle est moins fréquemment applicable aux PME en raison du caractère confidentiel de la plupart des transactions, mais sert de validation croisée.
Ces trois méthodes sont pondérées par cinq facteurs de force de marque : le facteur financier (chiffre d’affaires généré, marge), le facteur marché (taille et croissance du segment), le facteur protection (étendue des dépôts INPI), le facteur réputation (notoriété, e-réputation) et le facteur risque (dépendance clients, pression concurrentielle).
Des plateformes spécialisées comme ValorUp automatisent ce scoring ISO 10668 et produisent un rapport de valorisation opposable à l’administration fiscale en quelques jours, là où un cabinet d’évaluation traditionnel facture entre 8 000 et 15 000 euros pour le même livrable.
Activer la marque pour optimiser la rémunération du dirigeant
L’usage le plus immédiat d’une marque valorisée concerne la rémunération du dirigeant. Le mécanisme : le dirigeant, propriétaire personnel de la marque déposée à l’INPI, perçoit une redevance forfaitaire de sa société.
Ce revenu est imposé en BIC non professionnel sous régime micro-BIC, avec abattement forfaitaire de 50 % et plafond de recettes à 83 600 € pour 2026 à 2028. Aucune cotisation URSSAF ni SSI n’est due, contrairement au salaire ou aux dividendes majoritaires en SARL ; seuls les prélèvements sociaux à 18,6 % s’appliquent sur la base imposable après abattement.
Pour sécuriser le dispositif au regard de la jurisprudence récente (CAA Paris, arrêt Lancaster, novembre 2024), la redevance doit être forfaitaire, adossée au rapport de valorisation ISO 10668, et venir en complément d’un salaire existant, jamais en substitution.
Des cabinets spécialisés comme RemUp accompagnent les dirigeants de PME sur l’ensemble du dispositif : dépôt INPI, valorisation ISO 10668, contrat de licence, constitution du dossier de défense, paramétrage comptable et déclarations fiscales. Pour un entrepreneur local générant 1 à 3 millions d’euros de chiffre d’affaires, le gain net peut atteindre 25 000 à 50 000 euros par an.
Comment se lancer
La démarche commence par le dépôt de la marque à l’INPI, qui coûte 190 euros pour une classe et offre une protection de dix ans renouvelable. Sans dépôt, aucune valorisation sérieuse n’est possible.
Vient ensuite la valorisation proprement dite, qui doit être réalisée par un évaluateur indépendant pour être opposable à l’administration fiscale en cas de contrôle. Un rapport conforme à la norme ISO 10668, d’une trentaine de pages, constitue la pièce de défense principale du dispositif. Sa validité est de douze mois ; un renouvellement annuel est nécessaire pour maintenir la sécurité juridique du dispositif.
Enfin, la mise en place opérationnelle (contrat de licence, paramétrage comptable, déclarations fiscales) gagne à être confiée à un cabinet qui maîtrise à la fois la valorisation ISO 10668 et la fiscalité de la propriété intellectuelle, et qui peut coordonner avocat fiscaliste, expert-comptable et évaluateur indépendant autour d’un dispositif unique.
Pour un entrepreneur en territoire, la valorisation de marque n’est plus un sujet de grandes entreprises. C’est un levier accessible qui combine optimisation fiscale, préparation à la transmission et renforcement de la valeur patrimoniale. Un investissement de 2 000 à 5 000 euros dans une valorisation rigoureuse peut générer plusieurs dizaines de milliers d’euros d’économies annuelles et augmenter durablement la valeur de cession.



